Flâneur

Quelques mots d'un flâneur ordinaire...

mardi 29 août 2006

Le bonheur ne s'écrit pas ?

Cela fait plusieurs fois que je le remarque sur des blogs carnets que je lis régulièrement. Leurs auteurs ont leurs failles, leurs manques, leurs coups de blues. Pourtant ils écrivent, et parfois de jolis textes (c'est d'ailleurs pour ça qu'on y revient).
Mais si tout à coup leur situation s'éclaircit, qu'ils trouvent du travail, ou l'âme soeur, ou les deux pour les plus chanceux, plouf ! la production devient famélique, voire elle cesse tout-à-fait.
Bien sûr, il y a le temps que l'on peut/veut/choisit de consacrer à son carnet. Tout bêtement, on ne peut pas être au blog et au boulot (sauf cas particuliers), ou au blog et au câlin (selon le cas). Question de priorité, je le conçois. Mais au-delà de ça, je me pose deux questions. L'écriture d'un journal, plus ou moins intime, est-elle avant tout thérapeutique ? Et qu'est-ce que ça change que maintenant ce journal soit publié sur le net, au lieu avant de dormir dans un tiroir ? Deuxièmement, est-ce à dire que les gens heureux n'ont rien à dire ? Ou que le bonheur ne s'écrit pas ? Ou plus exactement, que le mal-être, les doutes, les déprimes s'écrivent bien plus facilement ? Peut-on aller jusqu'à dire alors qu'ils sont plus accessibles, se partagent mieux, et que par oposition le bonheur est essentiellement égoïste ? Je n'ai pas les réponses à toutes ces questions (mais je cherche). En réfléchissant trente secondes cependant, je me rends compte que c'est un thème que les romantiques du XIXème siècle ont déjà abordé - il faudrait que je trouve le temps de parfaire ma culture.
En guise d'illustration de mes interrogations, juste à point, voilà un extrait d'un texte (bien plus récent que les Romantiques) de Grand Corps Malade, qui fait écho avec subtilité.

Flânons donc.


Je dors sur mes deux oreilles (2006, album "Midi 20")

J'ai constaté que la douleur était une bonne source d'inspiration
Et que les zones d'ombre du passé montrent au stylo la direction
La colère et la galère sont des sentiments productifs
Qui donnent des thèmes puissants, quoi qu'un peu trop répétitifs
A croire qu'il est plus facile de livrer nos peines et nos cris
Et qu'en un battement de cils un texte triste est écrit
On se laisse aller sur le papier et on emploie trop de métaphores
Pourtant je t'ai déjà dit que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts
C'est pour ça qu'aujourd'hui j'ai décidé de changer de thème
D'embrasser le premier connard venu pour lui dire je t'aime
Des lyrics pleins de vie avec des rimes pleines d'envie
Je vois, je veux, je vis, je vais, je viens, je suis ravi
C'est peut-être un texte trop candide mais il est plein de sincérité
Je l'ai écrit avec une copine, elle s'appelle Sérénité
Toi tu dis que la vie est dure et au fond de moi je pense pareil
Mais je garde les idées pures et je dors sur mes 2 oreilles

dimanche 27 août 2006

~la recette du dimanche~ Doublon aux mirabelles

Elle m'avait l'air appétissante, et j'avais des mirabelles sous la main : deux bonnes raisons de tester la recette du clafoutis de Lalune (et de sa grand-maman). Comme il nous avait donné des quantités pour un régiment (!), j'ai tout divisé par deux. Je ne redonne pas le détail, puisque c'est la même chose. Côté cuisson, à 200°C, 45 minutes auront été nécessaires.
Mon avis sur le résultat : c'est un très bon clafoutis (quelqu'un en doutait ?). Cependant, comme tout est perfectible (même les recettes de grand-maman), voilà ce que je suggère : la levure est inutile, et dès que l'ensemble pâte + fruits atteint atteint une certaine épaisseur, il vaut mieux cuire à four plus doux mais plus longtemps pour que ça soit homogène (moi le dessus était bien cuit mais le centre l'était à peine).

Flânons donc près du four.

jeudi 24 août 2006

~la recette du jeudi~ Brioche d'engrain

Ingrédients pour 4 à 6 personnes :
250g de farine d'engrain (parfois appelé petit épeautre, mais qui n'a rien à voir avec le vrai épeautre ; en latin l'engrain c'est Triticum monococcum)
2 oeufs / 20g de sucre / 1 pincée de sel / 1/2 paquet de levure de boulangerie déshydratée (la levure, pas la boulangerie !) / 50g de beurre / un peu de lait.

Reprendre la levure dans le lait tiède. Mélanger la farine, la pincée de sel et le sucre, puis ajouter les oeufs et travailler. Ajouter la levure et le beurre ramolli en petits morceaux et pétrir (attention, l'engrain nécessite un peu d'énergie au pétrissage, et sa pâte est une amoureuse : elle s'attache !). Verser l'ensemble (assez ferme) dans un moule beurré. Laisser lever 4 à 5h, idéalement à 30-35°C (le four réglé au minimum peut souvent faire ça). Cuire dans la foulée (sans ouvrir la porte) à four bien chaud (210°C, th. 7) pendant 20 à 25 minutes, le dessus doit être bien cuit. Démouler... tiède (y'en a deux qui suivent). La farine d'engrain doit donner une belle couleur jaune à la pâte, et un petit goût inimitable.

Flânons donc près du four.

mercredi 23 août 2006

Ca c'est une nouvelle !

Le 3 septembre prochain, Carlos se produira à la Fête du jambon à Longuyon. Véridique.

Flânons donc.

jeudi 17 août 2006

Mort in vitro : noir, court et serré comme un café

Martin Winckler et désormais plus connu comme écrivain que comme médecin. Je ne sais pas si la médecine doit en rire ou en pleurer, mais la littérature ne peut que s'en réjouir. M'en est témoin ce Mort in vitro, un bon petit polar et seconde incursion de Martin Winckler dans le genre, qu'il agrémente à sa sauce médicale, évidemment.
Charly Lhombre est médecin généraliste et fait des remplacements tout en poursuivant sa formation de légiste. Il va être amené à enquêter sur le décès d'une de ses patientes, jeune femme en début de grossesse, un fait rare que rien ne laissait prévoir. Dans la même grande ville de province, Jean Watteau, juge d'instruction intègre et opiniâtre, enquête sur la mort étrange dans un accident de la route d'un professeur de pharmacologie. Leurs deux enquêtes vont se rejoindre, au carrefour des intérêts des grandes entreprises du médicament. Un croisement dangereux, à la hauteur des sommes en jeu...
Martin Winckler a bien saisi le principe : plusieurs histoires différentes qui finissent par se rencontrer, et on suit leur progression avec plaisir. Ses personnages sont attachants et aisément repérables. Son style est alerte, ce qui aide bien pour le suspense. Quant aux questions de fond, les mensonges, tromperies et magouilles dans les grandes largeurs des grosses boîtes de pharmacie, on sait que c'est tout-à-fait réaliste, malheureusement. Une lecture rapide (à peine plus de deux heures pour moi) et hautement recommandable à bien des points de vue.

Flânons donc.

samedi 12 août 2006

Anaphore

La vie c'est chouette. La vie c'est se faire aggriper l'index par les petits doigts d'un nouveau-né. La vie c'est un pot de confiture en plein hiver. La vie c'est respirer l'odeur d'une prairie en fleurs. La vie c'est se promener au bord de l'eau et se dépêcher de rentrer quand il commence à pleuvoir. La vie c'est un dimanche après-midi interminable à rester chez soi et ne rien faire. La vie c'est arriver en retard au bureau. La vie c'est marcher dans une crotte de chien en courant après le bus qu'on a raté. La vie c'est se prendre une tarte après avoir dit quelque chose de gentil à une jolie femme. La vie c'est se faire agresser dans une rue sombre alors même qu'on n'a rien sur soi. La vie c'est moche.

samedi 5 août 2006

Trompeuse autobiographie

Ne me cherchez pas, vous ne me trouverez pas. Je suis la femme de l'ombre. Celle qui exerce son pouvoir à l'insu de tous. Je suis la maîtresse du ministre. Bien plus influente que sa femme légitime. C'est que mon pouvoir a la force du secret, le poids des mots chuchotés, la lourdeur des faux-semblants. Je joue sur la peur du qu'en-dira-t-on, j'exécute ma partition en sol trompeur. Personne ne sait que j'existe : je suis un courant d'air, une porte dérobée, un trou d'une heure dans un agenda de ministre. Et pourtant je marque de mon empreinte invisible toutes les décisions de mon amant encravaté. Il ne s'en rend même pas compte, c'est peut-être cela le plus grisant. J'abandonne sans regrets les avantages du pouvoir apparent, dont les inconvénients sont bien pires ; je préfère la jouissance de l'ombre, tenir des destinées dans sa main en toute liberté, puisque personne n'est au courant. Je n'espionne pas, j'oriente. Je ne décide pas, je suggère. J'ai truqué la roulette de l'Etat et je flatte le croupier. Dans cet invraisemblable casino, comme toute bonne joueuse professionnelle j'ai réduit la part du hasard au minimum.